MOVING FIGURES

The countries bordering the Mediterranean Sea share a rich history of puppetry, dolls, and figures that capture the imagination. From the bustling markets of Marrakesh to the sunny squares of Rome, marionettes with intricate joints have been performing for centuries, carrying stories across cultures.

These weren’t just simple toys; Shadow puppets like the Karakuz figures flickered political satire, while the fantastical creatures of Sicily’s Opera dei Pupi delighted audiences of all ages. Marionettes became more than just entertainment; they were a way to share hidden messages and unspoken stories.

In the warmth of Tunisian evenings, these threads of wonder took root. A marionette, a symbol held aloft, could spark a revolution or offer a fleeting escape from the daily grind. They were our companions in dreams, partners in flights of fancy.

But in a current world choked by a heavy atmosphere, where dreams seem to struggle for breath, we must remember: without imagination, we cannot hope. These moving figures of our childhood, these relics of imagination and innocence, serve as vibrant reminders of that spark – the ability to go beyond the present moment.

This exhibition invites both artists and visitors to step back into that world. Letting these infant companions reawaken the senses, reignite the flames of creativity, and remind us of the magical power of these figures, from dolls and cartoons to marionettes and beyond.

Ink, Papers and Scraps – حبار ،أوراق و كواغط

From the first charcoal smudge upon cave walls to the intricate ink strokes gracing illuminated manuscripts, paper has been the artist’s confidante. This humble canvas, woven from pulped dreams and sunlight, cradles the whispers of inspiration, the messy outbursts of frustration, and the quiet doodles that dance in the margins of thought.

In « Papers and Scraps – حبار ،أوراق و كواغط », three artists unveil their deeply personal dialogues with paper. It is not merely a surface, but an extension of their very being. Paper is stretched, sculpted, and caressed; it bears the brunt of ink-soaked smudges and delicately traced lines. It is torn into whispers, reshaped into stories, and ultimately echoes the artist’s soul.

While other mediums may beckon, the quiet rustle of paper’s embrace never fades. For these artists, it is a homecoming, a return to the raw, elemental language of creation. Whether they dance with ink, dye and assemble its fibers, or breathe life into fragments and scraps; paper remains their muse, their mirror, their canvas of endless possibilities…

_Dhia Dhibi

HIRAFEN

Hirafen | Talan l’Expo 2023 at the Ateliers du Centre Technique du Tapis et du Tissage in Denden, Tunisia

Curated by : Nadia Jlassi & Ludovic Delalande

The Hirafen exhibition offers an unprecedented dialogue between contemporary art and craftsmanship. Nineteen multidisciplinary artists were invited to draw on the skills of Tunisian artisanal weaving and braiding to create specific works in the context of a research and production residency in Tunisia. Through their respective artistic practices, these artists from different origins and generations have each developed a unique approach that explores the plural dimensions of intangible heritage to discover whose non-linear history is marked by evolutions, influences and ruptures.

Dan

PERSONA

Il y a, devant un mur revêtu de carreaux de céramique où le même motif, indifféremment, revient et se répète, l’angoisse. L’angoisse d’une perte de soi ; d’une individualité se noyant dans le même, ou disparaissant dans la conformité de la foule.
Le motif lui-même perd ses singularités parmi ses semblables. En amont de cela, le geste de l’artisan qui répétait et reproduisait ce motif finissait souvent aussi par s’aliéner et aliéner ce qui fait l’essence et l’originalité du motif premier.

Contre cette perte, l’artiste semble peindre. À rebours du geste infini de l’artisan qui s’oublie, à rebours de la genèse d’un motif de décor dont il ne reste que le nom comme souvenir du saisissement premier, le peintre avance dans ses toiles. Pour aller où ? Peut-être pour rêver en peinture ce poème premier où l’artisan a saisi le motif au vol, au vol des hirondelles qui essaimaient son ciel ? Est-ce cela peut-être que tente Emna Kahouaji ?

Auteur au masque
Tunis, octobre 2023

Extrait du texte de l’exposition par Mohamed Ali Berhouma

Sans titre

BENEATH THE SURFACE

Si l’on devait trouver un dénominateur commun aux œuvres exposées dans BENEATH the SURFACE, on pourrait – au-delà de la singularité propre à chaque artiste – convoquer deux termes clés « soustraction » et « environnement ». Non pas que les œuvres soient réductibles à ces mots mais parce que chacun des exposants y recourt selon un cheminement spécifique, une voie propre. Matérielle ou immatérielle, la soustraction comme faire artistique peut être perçue ici à travers les matériaux utilisés par les artistes et / ou les modèles de nature convoqués pour la construction de leurs œuvres. En dessous et au-dessus des surfaces, dans les pleins et vides des volumes offerts à la vue, sur les cimaises et dans l’espace de la galerie, l’œil du spectateur est ainsi invité à détecter « la source de la ponction», l’origine naturelle ou industrielle des matériaux, leur mode de transformation, les liens établis avec l’environnement et bien sûr les univers entrouverts par chaque œuvre.

En s’inscrivant dans la tradition plus que centenaire du « soustraire », un acte d’ouverture et d’ancrage dans une multitude d’environnements, Intissar Belaid, Hammadi Ben Saad, Hela Lamine, Moritz Hagedorn, Najah Zarbout, Ferielle Doulain Zouari, Tom Egoumenides et Mohamed Amine Hammouda usent de matériaux non consacrés traditionnellement à la pratique artistique pour offrir une perspective unique sur le monde qui les entoure.

Extrait du texte de l’exposition par Emna Lakhoua & Nadia Jlassi

I dreamt of being an island

To be surrounded by a horizon, to discover one’s weakness,
to bear the agonizing servitude of time and the unbearable fragility of the soil,… is to be an island.
The island, this unstable, vulnerable or porous territory, turns out to be a place of oxymoron.
Insularity has the power to lead to contemplation so deep and light and a slowness so gentle and
cruel .
By manipulating the paper, the artist recreates the island which reveals its fragility and instability through embossing, folding or laceration.
Diverse combinations are mixed with lights, lines and notches, thus provoking a new territoriality charged with fluctuations between the terrestrial and the aquatic in a relentless game of ebb and flow.
Thus, the artist gives substance to archipelagos, tracing the limits and redefining the borders to perhaps better understand and relive the experience of the surface.

N.F.T. (nouvelles formes tangibles )

Deux mains pétrissent une simple boule de terre, l’arrondissent comme une petite planète ou comme un ventre, et par ce geste primitif, doucement un monde, à la fois intime et cosmique, se crée. Car la terre, sans doute plus que tout autre matériau, induit pour l’artiste qui la travaille, un lien entre le plus archaïque, le plus profond de soi et la vastitude du monde. Certes le feu primitif s’est éteint, mais par la cuisson il sera rappelé. Et son opposée complémentaire, l’eau, nécessaire à éprouver la souplesse et la douceur des formes, est là puisée dans le petit bassin de barbotine. L’air
du séchage, si évident qu’on l’oublic, vient compléter le carré des quatre éléments premiers énoncés par la physique antique.
Les formes proposées par Marie-José Armando, les installations par lesquelles elle les agence, participent directement de ce qu’on reconnaît aujourd’hui comme « art contemporain ». En réalité la céramique -art le plus archaïque sans doute avec la taille de la pierre- n’a pas d’âge : les styles, les appartenances supposées à des cultures et des époques, balisent de façon très relative l’axe du temps. Quand aujourd’hui Marie-José Armando fabrique des bols en raku on peut les confondre avec une pièce japonaise du XVII° siècle tout comme, lorsqu’un artiste d’art brut modèle une forme d’apparence fruste, on croit reconnaître une pièce millénaire de quelque musée archéologique.
Néanmoins la modernité « contemporaine » de Marie-José Armando est immédiatement perceptible dans l’épure abstraite de ses formes qui se développent quasi d’elles-mêmes, en beauté pure, sans fonction destinée ni sens apparent, selon un agencement qui fascine d’abord avant de questionner. En séduisant notre regard et en imprégnant notre être par la captation d’une émotion sans mots, cette esthétique certes se suffit et n’a a priori nul besoin d’autre justification que la magie intime que cette captation produit. Cependant pareilles formes n’atteignent pas cette justesse sensible par une gratuité de hasard, une improvisation pure, mais parce qu’elles sont irriguées, signifiées de l’intérieur.

Extrait de « En regardant en écrivant » de Jean-Claude Villain

MORE NEWS FROM NOWHERE

Parce qu’elle est la plus ancienne du globe, la mer nous ouvre des horizons temporels qui débordent les oeillères par lesquels nous nous bornons à percevoir notre petite existence,
comme la seule histoire qui soit. De la mer, et plus encore de cette méditerranée, bruit encore le mythe d’un océan primitif d’où émergeait la vie sur une terre immémoriale. Devant l’étendue, l’oeil pressent qu’à l’échelle des temps géologiques, l’histoire humaine est un battement de cil. On se souvient alors qu’au-delà du cercle du nombril humain, un univers plus grand nous porte, nous emporte. Il est, car il fut et sera, cependant que nous aurions été – sans avoir été sûr d’être.

Extrait du texte de l’expostion par Mohamed-Ali Berhouma

#unconditional

«Lors de cette exposition, il sera question d’amour.
Amour charnel, aveugle, passionné ou Amour mystique – les artistes ont été invités à puiser dans le dédale des odes et des contes qui bercent notre imaginaire collectif.
Des 1001 nuits où se joue la passion dans toute son ampleur, révélatrice de l’âme humaine, à l’amour contrarié et idéalisé de Majnoun pour Leila, il s’agira, à l’heure des réseaux sociaux et des relations connectées, d’apporter une vision contemporaine de l’amour.»

Man Antom

N’ayant pas prémédité la forme de ce travail (comme d’habitude) et me retrouvant avec des choses effectivement dissemblables, je me suis demandée moi même, pourquoi cette fois « c’était sorti » de façon aussi multiple, hétéroclite, disparate…


Traitant d’une situation, où la plupart d’entre nous sont en perte de repères, dans laquelle je suis complètement immergée, j’ai trouvé (à l’arrivée) que l’inconscient avait « honnêtement » transcrit les choses.

Depuis la prénommée « révolution », il semble qu’il y ait eu un emballement de l’histoire avec multiplication d’événements dont nous n’avions pas l’habitude. Ce qui a largement altéré les modes d’être-ensemble, les rapports à l’autorité, les manières d’investir l’espace public, les modes vestimentaires, et toute la batterie de signes nouveaux qui font cortège à cette mutation que nous n’avons pas eu le temps d’assimiler, ni d’intégrer.


C’est peut-être du pain béni pour sociologues et artistes ; mais comme ils ne sont pas légion, pour les onze millions qui restent, c’est souvent vécu sur le mode du désarroi, sinon de la perplexité.

Extrait du texte d’Aïcha Filali

Hrigua

 « Il était une fois un pays nommé « Hrigua » si lointain.. lointain..

on racontait qu’il y avait un roi qu’on ne voyait point..mais l’héritier du trône était là…tralalalala..

et le cheikh si mal..si malin..

fait tourner tout ce monde en bourrique ..oh les pantins..oh les pantins! « 

Hrigua ou le pays enflammé  est une parodie de ce que nous vivons aujourd’hui, une monarchie despotique qui s’instaure peu à peu ..la lignée royale semble s’allonger..l’hériter et le fils de Cheikh sont désormais là! ils jouent avec leurs petites mains du destin..du petit patelin.. oh le dérisoire! oh le désarRoi!

les joujoux de l’héritier du trône sont là comme une allégorie des armes de répression de l’état..ces armes dorées.. luxueuses;  mais en contre partie la résistance se construit..commençant faible, amputée, peureuse et frêle..elle grandit peu à peu avec  les pierres..la voix..la voie..et  le mot!

                                                                                                                                              Apoplexie Brutale

les insignes de la citoyenneté

Jamais depuis l’Indépendance nous ne nous sommes sentis aussi Tunisiens et aussi fiers de l’être. Nous nous sommes réappropriés Notre pays, dans ses multiples dimensions spatiales, sociales, verbales…l’espoir renaît à nouveau et avec lui la conscience de nos responsabilités à venir. Du coup, les symboles de la Nation et les insignes de la Citoyenneté ne sont plus perçus de la même manière. Jamais l’Hymne National n’a été chanté avec autant d’émotion, Notre passeport a cessé de nous faire penser à une prison à ciel ouvert, la seule vue de Notre Drapeau National peut nous donner des larmes…et ce vers du célèbre poète Chebbi n’a jamais sonné aussi juste :

إذا الشعب يوما أراد الحياة
فلا بدّ أن يستجيب القدر

Ce processus de ré-appropriation de ce qu’on pourrait appeler  les Insignes de la Citoyenneté, est proposé aux artistes comme base de travail pour une prochaine exposition. Comment avec les moyens d’expression qui sont les leurs, les artistes, peuvent-ils penser/panser ces multiples supports d’une identité en gestation, et donner àvoir avec leurs outils propres, ces nouvelles marques d’appartenance.

El Hobb

Pourquoi le choix de ce titre et non l’Amour? Dans El Hobb, il y’a un côté charnel et dans notre mémoire collective cela  évoque l’amour dans les films Egyptiens, l’amour des milles et une nuit, les poètes et chanteurs…

Mohamed Ben Soltane a traité l’amour en graffiti, un clin d’œil aux adolescents qui s’expriment en gravant leurs histoires de cœur sur les murs ou les bancs de l’école…

Tahar Meguedmini parle de sensualité féminine et aussi du rapport homme/femme dans nos sociétés intérieures et extérieures.

Nicène Kossentini part des 99 noms attribués à Dieu et trouve 99 Noms sur l’amour qu’elle inverse. Son installation s’intitule réflexion : la réflexion de soi (narcisse). Multiplication de sa propre image, réflexion aussi sur l’inversion des lettres ou les choses ne sont pas dites, mais le plus souvent devinées.

Dorra Dhouib porte le regard d’une artiste photographe sur les femmes qui sont souvent en attente de quelque chose, les Femmes-Objets esseulées et fragiles.

Rym Karoui a travaillé de manière plus libre et plus éclatée, elle présente un cœur rouge entouré par ses muses.

Baker Ben Frej présente un tableau étoilé et structuré à la fois, une façon de suggérer l’éclatement de l’amour.

Pour Aicha Filali l’amour devient une relique précieuse datant des années 40, une chose précieuse qu’il faut absolument préserver. Pour sa deuxième installation, Aicha Filali : nous sommes tous et toutes de cette génération qui a lu les magasines Intimité et Nous Deux, génération «  fleur bleue  » tous nos rêves sont imprimés sur du papier toilette et ils finissent par des désillusions.

L’angle mort

Dos : nom masculin, du latin populaire dossum  face postérieure du tronc de l’homme des épaules aux reins. Partie du corps d’une richesse insoupçonnée, car frappée du sceau de la banalité

De dos on ne peut rien.

On ne maitrise ni sa cambrure, ni la forme de sa croupe, ni la trace de sa culotte qui se laisse deviner sous des vêtements ajustés ; on ne commande pas le tombé de ses épaules, ni l’angle de sa nuque …  pour l’ensemble c’est l’inconnu, l’angle mort, le continent inaccessible.

De dos on n’a pas de défense, pas de parade, peu de décision, on est complètement  démuni.

Son propre dos, on n’y accède pas.