En verre et contre tout

11 . 2016

Sadri Khiari

Je n’aime pas la musique.
De toutes les manières de peindre, celle qui a ma préférence est la peinture sous verre. Un genre, désormais quasiment disparu, qui s’enracine en Tunisie dans une tradition qui m’est chère et me permet d’évoquer les temps perdus. Non pas les temps passés, parce qu’ils ne sont jamais passés, mais les temps perdus parce qu’on ne sait jamais où ils sont. J’emploie le pluriel à temps parce que ma nostalgie s’étale à tous les temps, les miens comme ceux qui ne m’appartiennent pas. Si je ne risquais pas d’être accusé de jouer du paradoxe, j’avouerais avoir aussi la nostalgie des temps à venir. Ceux-là aussi, hélas, me sont perdus…
C’est ainsi que je m’explique l’attraction qu’exercent sur moi les figures célèbres de la chanson tunisienne du siècle dernier, non pas la musique du mélomane, ni celle qu’on écoute attentivement mais celle qu’on n’écoute pas, qui flotte partout dans l’air, la musique des fêtes et des mariages, celle de la télévision et des radios allumées en permanence dans les maisons et les boutiques, celle qui devient un bruit de fond, une ambiance dans laquelle on baigne et qui nous accompagne toute la vie. Ce qui se grave le mieux dans la mémoire nostalgique, ce sont les ambiances. Et qu’est-ce qui marque le mieux une ambiance sinon la musique ?

Sadri Khiari

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